vendredi 2 décembre 2016

bienvenue, petit oiseau

bienvenue, petit oiseau
oiseau tout bleu, oiseau tout beau
qu’est-ce que ça fait de naître alors
tu trouves ça stimulant ?
attends, regarde, partout
on se marche dessus.
lui arrache les tripes de l’autre
pour un bout d’antenne télévisuelle
bienvenue, petit oiseau
regarde les grosses centrales
des cancers partout
l’homme est aveugle
regarde, des bouts d’enfants
juste un peu plus vieux que toi
eux aussi étaient les bienvenues
maintenant, il leur manque des bras

ou des pieds, ou la tête même
là-bas, c’est leur mère morte
qui se décompose sur le trottoir
bienvenue, petit oiseau
viens déchiqueter ses restes
ceux qu’on appelle les grands
nous les tendent sur un plateau
d’argent
viens regarder avec nous
les pauvres se noyer
voir les soleils fondre
sur nos rétines brûlées
regarde le monde qui s’entretue
qu’il est beau, ce monde perdu
l’homme qui aime pleure toujours
promets-moi d’haïr, en toute occasion

bienvenue, petit oiseau
sang vicié de mon sang vicié
regarde les goulags gigantesques
les camps de concentration invisibles
c’est beau, un génocide
quand il est fraternel
c’est beau, un génocide,
quand il est fratricide
c’est beau, un génocide
quand il est total
c’est beau, un génocide,
quand il est tolérant
c’est beau, regarde : ici on confond
viol et liberté sexuelle !
comme au siècle passé
regarde, là-bas : on apprend le capitalisme
à des tribus qu’on habille de nos vêtements en plastique !
bienvenue, bienvenue !

bienvenue petit oiseau !
tu trouves ça stimulant ?
regarde ces fils de putes
avec leurs sourires de craie
draguer le peuple
regarde-les porter leur croix
regarde leurs enfants
leurs petits serre-têtes
leurs raies sur le côté
leurs pulls bleu-cyan en laine fine
leurs colliers et leurs gourmettes
regarde-les
ce sont tes ennemis
ne l’oublie pas
et pire que ceux-là :
regarde tes semblables
ceux qui crachent
ceux qui fustigent
ceux qui bash
regarde les cyniques
qui regrettent l’esclavage
alors quoi, les enfants chinois ?
de toute façon, tout le monde les exploite !
tes amis sont les pires, ils te confortent
dans l’idée que tu n’es pas seul
bienvenue petit oiseau,
mais ne sois jamais cynique.

regarde cette famille Syrienne
qui marche au bord du temps
fais comme nous, crache-lui dessus !
ou pire, ignore-la.
ou non, pire encore : respecte-la, pense-la
et va t’avachir devant la télévision
pour reposer ton cerveau
eh, il faut bien reposer son cerveau de temps en temps !
avec tout ce que le monde nous fait voir…
bienvenue, petit oiseau…
abîme-toi
éclate ton cerveau
c’est à la mode : détruis-toi
un suicide doux, discret et progressif :
drogue-toi, saoule-toi
de toute façon, tout le monde le fait !
tu mourras moins con
si tu meurs détruit.

mais regarde, petit oiseau
il est temps que je me taise :
ta mère veut te reprendre
ses bras sont des planètes
vierges de nos saccages
colle-toi contre sa poitrine
tu entendras le bruit du vent
le battement de l’eau
sur la coque de son bateau
elle me l’a juré : sur son bateau,
toi et moi toujours

nous serons les bienvenus.











lundi 28 novembre 2016

Au premier temps de la valse

Au premier temps de la valse
T’as regardé par la fenêtre
Peut-être à cause du temps qui passe
Peut-être à cause du temps qui reste

Ça rigole sur ton visage,
Et puis les larmes et les orages
Et les alarmes et puis la rage
Ça rigole sur ton visage

Et des flammes au bord des yeux
Les jeux de l’âme sont dangereux
Quand ça brûle au fond du corps
Les crépuscules, les météores 

Les météorologistes disent
Que dans ton ombre se déguisent
Des cataclysmes et des nuages
Et des visages dans les nuages

Et quand à la chaleur du feu
Tu nous rends tous un peu pluvieux
A chanter le chant des adieux
Ça fait comme un trou au milieu

Ça rigole sur nos visages
Et puis les larmes et les orages
Et les alarmes et puis la rage
Ça rigole sur nos visages


lundi 5 septembre 2016

Comme l'homme qui se noie

Ça fait comme un bateau
Qui tire sur son ancre
Mais qui n’arrive pas à s’enfuir
Il tire sur sa chaîne
N’arrivant à rien
Qu’à faire rentrer l’ancre
Plus profond dans le sable.

Ça fait comme deux boulets
Accrochés aux chevilles
De l’homme qui se noie.
Il s’échine à battre des pieds
N’arrivant à rien
Qu’à faire rentrer
Les attaches d’acier
Plus profond dans sa chair

C’est pas grand-chose,
Un vide trop dense
Un trou noir
Au milieu de l’univers
Une pesanteur discrète
Une gravité à usage personnel

Je n’en veux pas

Et pourtant le bateau jamais ne s’éloigne
L’homme coule à l'infini
Et les inlassables trous noirs
Avalent l'univers.



jeudi 11 août 2016

Les fins d'émois sont des faucilles

Il y a des fins de moi
Quand l’abîme s’ouvre
Aux frontières de la peau
Aux limites errantes

C’est la dérive des continents
Quand on se rapproche
Les rives quand elles mentent
Les amis crochent

Ça fait des tunnels
Par-dessus l’absence
Des cartes en ciel
Guidant nos sens

Les fins d’émois
Sont des faucilles
Ils coupent thermiques
Les cœurs en plastique

Vous et moi
Vos émois
Vous et moi ici
Vous c’est moi
Vous et moi


Vous et moi c’est moisi. 

mardi 2 août 2016

Deux chiens sous la lune

Vivre pour des prunes
Mourir c’est pour les chiens
Les chiens qui hurlent et les lunes
Les lunes qu’on laisse traîner

Dans les rétroviseurs
Que dire du passé
Seul le futur existe
Seul le futur excite

Exit, fini de rire
Vivre pour des prunes
Et puis mourir comme un chien
A la lumière des lunes

Vivre pour des lunes
Seules les nuits m’excitent

Allume ton intérieur
Coupe le contact
Quitte la meute
Brise le cercle

Jette sans regret
De l’essence sur ton âme
Brûle-la.
Immole-toi.

Et dans les flammes tu verras
Des fantômes du futur,
Des silhouettes qui savent
Des silhouettes qui savent.

Que c’était pas pour des prunes
Qu’on était toi et moi
Deux chiens sous la lune.


vendredi 8 juillet 2016

Tomber avec les Rois

Exercice en Alexandrins 


J’ai grimpé l’escabeau comme un chat de gouttière
Faisant gaffe à mes pieds jusques à la dernière,
Pour ne pas glisser sur une marche piégeuse
Atteindre sauf et sain l’étagère impérieuse.

Du frêle édifice les quatre pieds tremblèrent
D’être si longs et fins sous le poids de ma peur
Et mes jambes valsaient comme un fou sur la mer
Ah ! L’appel du livre quand il vous prend au cœur !

Sournois équilibre vilain lieu pour tanguer
Quand tout le corps vibre dur de garder le calme
Je tends un bras ivre mes doigts comme des palmes
Touchent d’un bout d’ongle la reliure convoitée

Le livre recule quand je gagne terrain
Et je dois de mes pieds me mettre sur la pointe
Les doigts tendus au ciel je ne respire point
Caresse et griffe le dos du voulu bouquin

Mais lors que mes serres sur lui se refermèrent
L’équilibre précaire une fraction brisa
Et mes pieds qui jadis sur le bois reposèrent
Battirent le vide jusques à mon trépas

Du sommet de l’échelle au sol dur et très froid
C’est avec Machiavel, Voltaire et puis Dumas
Que ma chute mortelle mon âme délivra;

Elle s’en fut avec les qui de l’écrit sont Rois ! 

lundi 4 juillet 2016

La Graveuse


Tu as gravé sur ta peau
Des gribouillages
Même pas un dessin
Même pas une image

C’est pas vraiment que tu aies gravé
C’est plus que tu as enfoncé la lame
Pour sentir.

T’es la pire graveuse
De ce foutu siècle
De ce foutu monde
De ce foutu endroit.

Maintenant c’est moche
C’est triste, ça coule,
Ça fait mal
Ça saigne noir.

Tu as gravé sur ta peau
Un moment de ta vie
Un moment pas terrible
Médiocre, futile.

T’es la pire graveuse,
T’es rien d’autre qu’une pisseuse
Et les larmes qui coulent
Se mélangent au sang noir

Tout ça parce que ce foutu siècle
Parce que ce foutu monde
Parce que ce foutu endroit ?
Parce que foutue toi, surtout.

Et maintenant c’est gravé
Ça va gonfler
Blanchir
Blêmir
Mourir.

Disparaître enfin.