jeudi 14 avril 2016

MUSCADET



Il paraît qu’avant

T’étais plutôt charmant

L’air un peu artiste, un peu manant.

 

Aujourd’hui t’as plus l’air de rien

T’as plus toute ta tête,

T’as plus rien.

 

Ça fait combien de muscadets, dis,

Pis qu’est-ce que tu fais à traîner avec ces pochtrons

Tu répètes toujours les mêmes choses

Des excuses à plus savoir qu’en foutre

 

Et tu vas gerber dans les fleurs.

 

lundi 11 avril 2016

DOUZE POEMES


DOUZE

LIKE HEMLOCK


Ne les quitte pas du regard
Suis-les
Ne tourne pas le dos
Ne cligne pas des yeux.

Ce sont tes ennemis
Apprends à les sentir
Renifle-les
Vigilance

Leur odeur est forte
Il faut la connaître
Une fois morts,
Ils sentent meilleur.


FILATURE
 
 
Le fil lie, la lie file
Les filles défilent et s’effilent
Filent du fil à filer
Pour nos filets de fileurs.


CROÛTE


Hier j’avais la couleur vive et le trait fin
J’étais aquarelle, Bacchus, Arlequin,
Aujourd’hui le désespoir, la fatigue et le doute
Dessinent les traits tristes et gris de mes croûtes.

BEAUCE


Dans le Nantes-Lyon
Vitre-contre-front
La Beauce jaune de blé d’or
M’exhibe de bien humbles trésors.

IL NE FAUT PAS S’ACCROCHER


Comme une carcasse à son esse
Comme une Anglaise à son thé
Comme un pompier à sa hache
Comme mes yeux à ton cul

ASSEZ


Ce n’est pas assez
Il faut développer
Comment comprendre
Si tu

A TABLE


Je lui ai mis la tête dans la sauce
Je n’en pouvais plus
Sa gueule de raté de la vie
Son odeur de vieux cul.

Et pourtant naguère
Je l’aimais dur comme fer
Mais au fil des années
Le fer a rouillé.

Comme celui du couteau
Qui planté dans son dos
Paraît approprié
Pour accrocher mon manteau.

Il s’appelait Madelin et moi Madeleine
On nous disait souvent :
« Madelin, Madeleine ! »…
« Qu’ils sont beaux tous les deux,
Ah ! QUELS BEAUX ENFANTS ILS AURONT. »

Je finis mon dîner
Termine ma potée
Mes deux choux à la crème
En me disant en moi-même:
Cela peut être amusant
Ou bien tourner au fiasco
D’avoir un enfant
Avec un port’manteau.


DANS L’OS
 
 
T’es ma moelle
Je t’ai dans l’os
Tu m’rends nerveux
Passe-moi la sauce.


POUR L’HONNEUR


Elle est partie
Parce qu’j’la faisais pas rire
Ou qu’j’avais perdu
Mes jambes à la guerre

                                      C’qui n’était pas je dois le dire

 A s’taper le cul par terre.

POMPIER


Il disait : Garde toujours des allumettes de côté
Cache-les bien, cache-les profond.
Gardes-en toujours quelques-unes
Comme on garde le dernier des bonbons.

Car le feu qui brûle en toi, qui éclaire l’intérieur,
On veut l’arroser, l’éteindre en son cœur
Et comme au matin arrive toujours la rosée
Pour chaque incendie tu trouveras un pompier.

FRATERNITE


Je cherche Nous,
Il est parti avec Tu
Chassé par Vous.
Nous n’est pas Ils
Nous est un Je
Qui marche avec Tu.
Vous veut le casser
Le diviser
Diviser Nous
Pour le rendre Ils.
Et Je vois Tu
Tu me dit Vous
Tu me dit On
Tu me dit Ils
Alors
Nous est mort.

  
FUITE CABRIOLE

 
Elle danse et virevolte
Reine du feu
Elle règne, madone
Sur les flammes de la vie.

Et nous, ses amies et copains
A quelque heure ses amours,
On la regarde fascinés
Courir, jouer, rire et danser.

Mais les traces qu’elle laisse
Forment un cercle étrange
Comme si sa course folle
Etait une fuite cabriole 

Elle danse et virevolte
Esclave d’elle-même
Autour d’un trou
Sans fond.  


























mardi 16 février 2016

"Mais les étoiles, mon frère, tu ne les verras pas... Elles ne brillent que dans tes yeux!"

... pas commode pour un sou qu'il n'a pas dans sa poche trouée tant il y a plongé ses mains sales d'avoir trop creusé la fange et la terre détale sous ses pieds de nez qu'il distribue aux biens pensant ses plaies qui s'ouvrent et que ravive le celle qu'il a tant aimé pour rien que de la poudre aux yeux magnifiques et bleus sur la peau partout les chocs qui fleurissent sur les tombés par terre au sol jusqu'au dos ils sont las d'avoir si facilement baissé les bras de Vénus et mit l'eau dans le vin rouge comme le pur sang qui court sous les veines et dans les pleines qu'on enfante et qu'on chérit qu'on surenchérit jusqu'à plus soif de vengeance le plat de la main qui se mange froid dans les dents de l'amer à boire jusqu'à plus soif de toi ni de rien que de la poudre aux yeux magnifiques et bruns comme la mer de sel qu'on a tant aimé pour rien que de la poudre aux yeux magnifiques et vides de sang sur les mains sales à manger du bout des lèvres sacrées cœurs sur la bouche et dans les cuisses quand s'affrontent les ailes du désir de vivre seul et sans rien que de la poudre à canon de la chair rouge et noire comme le drapeau hissé haut les cœurs sur la bouche dégoutée par l'odeur des fleurs fanées mais fleurs quand même j'aurais pu mettre un point final à toute cette histoire mais elle n'aime pas la ponctuation elle dit c'est l'arrêt cardiaque des mots de tête à l'envers du décor partout des corps qui s'enchaînent de vélos dans la tête la première qui passe les secondes et les siècles des lumières Voltaire les tombés par terre et les larmes d'étoile de tentation divines et obscures comme le drapeau noir hissé haut les cœurs sur le carreau d'une fenêtre trop sale d'avoir été traversée par trop de regards de biais et sans travers des porcs d'attache de vin rouge comme le pur-sang l'étalon noir comme le drapeau hissé haut comme les yeux magnifiques et les plaies béantes et brûlantes sur la peau d'or ruissellent les rivières salées les couleurs argentées ça brille et ça brûle comme un miroir de feu sacré et ça coule le long des bras jusqu'aux mains trop sales d'avoir trop creusé la fange et la terre détale sous ses pieds

Anne

Quelque part entre les pierres ancestrales
et les tous nouveaux bourgeons des rosiers
Anne éclot, fleur agréable;
Fraîche âme,

comme au matin la rosée

Les Yeux D'Alik

Le volcan dans les yeux d'Alik

Il y a dans les yeux d'Alik
La puissance grondante de Yasur
La chaleur rouge
et la sagesse des cendres

La forêt dans les yeux d'Alik

Il y a dans les yeux d'Alik
La protection bienveillante du Banyan
La fraîcheur verte de la forêt
et la connaissance des plantes

L'océan dans les yeux d'Alik

Il y a dans les yeux d'Alik
La patience des vagues
La profondeur noire du grand large
et la curiosité fugace

Du crabe à la fin du jour.

J.

Guerrière Amazone
aux cheveux de soleil
Peau chaude et bronzée
mais regard vif et clair

Des bleus aux mains
et le long des chevilles
Préférant aux flatteries
la franchise des chocs.

Il y a dans J. toute l'histoire humaine
et celle des oiseaux qui s'enfuient de leurs cages

La douceur des blés
et la force du vent
 La joie simple et innée
d'une princesse des champs !

lundi 9 novembre 2015

Onze poèmes

I – MOULINS À VENTS

La nuit dernière je me suis battu
J’étais seul
Ils étaient sept milliards trois cent soixante-cinq mille
Neuf cent vingt-huit.
Cela devient usant
De s’en prendre au monde entier.

II – BATAILLE

Les poings fermés
Le bout des doigts
Contre les paumes
Les yeux ouverts
Le bout des cils
Contre tes poings.

III – HACHE

Tant d’embûches
Pour si peu de feu.


IV – LAIT FRAIS

Hier soir le Livreur De Problèmes est venu
Le même livreur que d’habitude
Celui que je croise
Tous les matins
Il m’a apporté ma dose
De problèmes
Faut dire que je me la coulais douce
Depuis quelques semaines.
Je l’ai remercié
Et l’ai envoyé chez mon voisin
Que j’aime bien

V – Mr MOJO RISING

Elle avait un casque de moto
Un casque de moto de course
Un casque de moto de course avec une visière
Une visière de course.
Un blouson en jean
Qui lui écrasait la poitrine
Sa poitrine
De course.
Un futal qui lui serrait les jambes
Et lui bouffait les fesses.
Elle avait un casque de moto
Un casque de moto de course.
Quand elle a enlevé son casque
Son casque de moto de course
J’ai vu les cicatrices immondes
Et les blessures immuables
Qui lacéraient béantes
L’intérieur de ses yeux
Ses yeux de moto de course.

VI – DIALOGUE

La lumière :
«  Ce n’est pas que j’ai peur du noir
J’ai pas peur du noir.
C’est que je le déteste.
Je hais la nuit.
Comme on aime à la folie.
Comme on aime jusqu’à la folie.
Je n’en ai pas peur
Mais si je pouvais attraper
La fin du jour
Je l’embraserais de passion
Avant de lui planter mon poignard dans le dos.
Je n’ai pas peur du noir
Mais je le hais.
Je l’aime.
À la folie.
Je le hais. »
L’Ombre :
«  Il n’existe que deux choses qui laissent à la lumière
La place qu’elle exige :
Les fissures
Et la nuit.

VII – VOLEURS

Crocheter les portes
Des étoiles
Voler leurs diamants
Aux dieux.

VIII – AMANTS

Crocheter les portes
Des étoiles
Se réfugier
À l’intérieur.

IX – ROIS

Crocheter les portes
Des étoiles
Et se rappeler
Qu’on a la clé.

X – LES FRUITS DES FENDUS

Tu m’avais dit
Qu’on irait manger les fruits
Des fendus.
Tu m’avais dit
Qu’on s’aimerait la nuit
Défendue.
Tu m’avais dit qu’on irait
Jusqu’au bout du chemin
Tu m’avais dit qu’il serait
Le plus beau des chemins
Et quand je nous vois aujourd’hui
Je comprends
Que tu n’avais pas menti.

XI – FANTÔME

Décale-toi
Pendant que j’ouvre les grilles
Viens
Rentrons sur le petit terrain
Regarde le petit étang
Vois le gué et sa rivière
Qui coule doucement
Qui bruisse en chuchotant
Le soleil est doux
La bise est chaude.
Là-bas, tu vois la cabane ?
Et ici, nos reflets dans l’étang.
Tu vois, à ta gauche cet homme qui sourit ?
C’est moi.
Ne m’oublie pas