vendredi 8 juillet 2016

Tomber avec les Rois

Exercice en Alexandrins 


J’ai grimpé l’escabeau comme un chat de gouttière
Faisant gaffe à mes pieds jusques à la dernière,
Pour ne pas glisser sur une marche piégeuse
Atteindre sauf et sain l’étagère impérieuse.

Du frêle édifice les quatre pieds tremblèrent
D’être si longs et fins sous le poids de ma peur
Et mes jambes valsaient comme un fou sur la mer
Ah ! L’appel du livre quand il vous prend au cœur !

Sournois équilibre vilain lieu pour tanguer
Quand tout le corps vibre dur de garder le calme
Je tends un bras ivre mes doigts comme des palmes
Touchent d’un bout d’ongle la reliure convoitée

Le livre recule quand je gagne terrain
Et je dois de mes pieds me mettre sur la pointe
Les doigts tendus au ciel je ne respire point
Caresse et griffe le dos du voulu bouquin

Mais lors que mes serres sur lui se refermèrent
L’équilibre précaire une fraction brisa
Et mes pieds qui jadis sur le bois reposèrent
Battirent le vide jusques à mon trépas

Du sommet de l’échelle au sol dur et très froid
C’est avec Machiavel, Voltaire et puis Dumas
Que ma chute mortelle mon âme délivra;

Elle s’en fut avec les qui de l’écrit sont Rois ! 

lundi 4 juillet 2016

La Graveuse


Tu as gravé sur ta peau
Des gribouillages
Même pas un dessin
Même pas une image

C’est pas vraiment que tu aies gravé
C’est plus que tu as enfoncé la lame
Pour sentir.

T’es la pire graveuse
De ce foutu siècle
De ce foutu monde
De ce foutu endroit.

Maintenant c’est moche
C’est triste, ça coule,
Ça fait mal
Ça saigne noir.

Tu as gravé sur ta peau
Un moment de ta vie
Un moment pas terrible
Médiocre, futile.

T’es la pire graveuse,
T’es rien d’autre qu’une pisseuse
Et les larmes qui coulent
Se mélangent au sang noir

Tout ça parce que ce foutu siècle
Parce que ce foutu monde
Parce que ce foutu endroit ?
Parce que foutue toi, surtout.

Et maintenant c’est gravé
Ça va gonfler
Blanchir
Blêmir
Mourir.

Disparaître enfin.

jeudi 30 juin 2016

La Brume

N’y a-t-il que la brume
Pour habiter mon chemin
Faut-il qu’il soit si tordu
Qu’il n’ait jamais de fin ?

Il me semble que mes pas
Aiment les terres friables
Que là où mes mains se posent
Reposent des formes instables

Il faut croire que le sol
Aime à se dérober sous moi
Et que les issues s'envolent
ou me filent entre les doigts

A la lueur blanche et pleine
Je préfère le clair-obscur
Aux équilibres bétonnés

La belle instabilité.

lundi 27 juin 2016

CORRIDOR

Dans les corridors
A l’intérieur
Dans les tunnels
A l’intérieur

Dans les passages souterrains
De mon corps d’argile
Dans les tuyaux
Dans les circuits d’aération

Dans les galeries de mon âme
Dans les gorges de ma chair
Dans les chenaux sous ma peau
Dans les corridors

Dans les couloirs,
Tunnels,
Passages,
Tuyaux,
Circuits,
Galeries,
Gorges,
Chenaux,
Corridors,

Courent des chevaux de flammes
Furieux et enragés
Rapides comme l’incendie
Brûlant le vide

A l’infini. 

mardi 14 juin 2016

Les Lianes

L’aurore est grise
Son rouge est pâle
L’air vibre peu
Les graviers crissent

Sous mes pieds.

Autour les ceps
Se rient de moi
Quelques cyprès découpés
Dans la lumière précise

Tu as posé ta tête
Contre mon omoplate,
Des lianes se sont nouées
Fou, j’ai croisé tes yeux

C’était bleu,
Et dangereux.

jeudi 14 avril 2016

MUSCADET



Il paraît qu’avant

T’étais plutôt charmant

L’air un peu artiste, un peu manant.

 

Aujourd’hui t’as plus l’air de rien

T’as plus toute ta tête,

T’as plus rien.

 

Ça fait combien de muscadets, dis,

Pis qu’est-ce que tu fais à traîner avec ces pochtrons

Tu répètes toujours les mêmes choses

Des excuses à plus savoir qu’en foutre

 

Et tu vas gerber dans les fleurs.

 

lundi 11 avril 2016

DOUZE POEMES


DOUZE

LIKE HEMLOCK


Ne les quitte pas du regard
Suis-les
Ne tourne pas le dos
Ne cligne pas des yeux.

Ce sont tes ennemis
Apprends à les sentir
Renifle-les
Vigilance

Leur odeur est forte
Il faut la connaître
Une fois morts,
Ils sentent meilleur.


FILATURE
 
 
Le fil lie, la lie file
Les filles défilent et s’effilent
Filent du fil à filer
Pour nos filets de fileurs.


CROÛTE


Hier j’avais la couleur vive et le trait fin
J’étais aquarelle, Bacchus, Arlequin,
Aujourd’hui le désespoir, la fatigue et le doute
Dessinent les traits tristes et gris de mes croûtes.

BEAUCE


Dans le Nantes-Lyon
Vitre-contre-front
La Beauce jaune de blé d’or
M’exhibe de bien humbles trésors.

IL NE FAUT PAS S’ACCROCHER


Comme une carcasse à son esse
Comme une Anglaise à son thé
Comme un pompier à sa hache
Comme mes yeux à ton cul

ASSEZ


Ce n’est pas assez
Il faut développer
Comment comprendre
Si tu

A TABLE


Je lui ai mis la tête dans la sauce
Je n’en pouvais plus
Sa gueule de raté de la vie
Son odeur de vieux cul.

Et pourtant naguère
Je l’aimais dur comme fer
Mais au fil des années
Le fer a rouillé.

Comme celui du couteau
Qui planté dans son dos
Paraît approprié
Pour accrocher mon manteau.

Il s’appelait Madelin et moi Madeleine
On nous disait souvent :
« Madelin, Madeleine ! »…
« Qu’ils sont beaux tous les deux,
Ah ! QUELS BEAUX ENFANTS ILS AURONT. »

Je finis mon dîner
Termine ma potée
Mes deux choux à la crème
En me disant en moi-même:
Cela peut être amusant
Ou bien tourner au fiasco
D’avoir un enfant
Avec un port’manteau.


DANS L’OS
 
 
T’es ma moelle
Je t’ai dans l’os
Tu m’rends nerveux
Passe-moi la sauce.


POUR L’HONNEUR


Elle est partie
Parce qu’j’la faisais pas rire
Ou qu’j’avais perdu
Mes jambes à la guerre

                                      C’qui n’était pas je dois le dire

 A s’taper le cul par terre.

POMPIER


Il disait : Garde toujours des allumettes de côté
Cache-les bien, cache-les profond.
Gardes-en toujours quelques-unes
Comme on garde le dernier des bonbons.

Car le feu qui brûle en toi, qui éclaire l’intérieur,
On veut l’arroser, l’éteindre en son cœur
Et comme au matin arrive toujours la rosée
Pour chaque incendie tu trouveras un pompier.

FRATERNITE


Je cherche Nous,
Il est parti avec Tu
Chassé par Vous.
Nous n’est pas Ils
Nous est un Je
Qui marche avec Tu.
Vous veut le casser
Le diviser
Diviser Nous
Pour le rendre Ils.
Et Je vois Tu
Tu me dit Vous
Tu me dit On
Tu me dit Ils
Alors
Nous est mort.

  
FUITE CABRIOLE

 
Elle danse et virevolte
Reine du feu
Elle règne, madone
Sur les flammes de la vie.

Et nous, ses amies et copains
A quelque heure ses amours,
On la regarde fascinés
Courir, jouer, rire et danser.

Mais les traces qu’elle laisse
Forment un cercle étrange
Comme si sa course folle
Etait une fuite cabriole 

Elle danse et virevolte
Esclave d’elle-même
Autour d’un trou
Sans fond.