jeudi 11 août 2016

Les fins d'émois sont des faucilles

Il y a des fins de moi
Quand l’abîme s’ouvre
Aux frontières de la peau
Aux limites errantes

C’est la dérive des continents
Quand on se rapproche
Les rives quand elles mentent
Les amis crochent

Ça fait des tunnels
Par-dessus l’absence
Des cartes en ciel
Guidant nos sens

Les fins d’émois
Sont des faucilles
Ils coupent thermiques
Les cœurs en plastique

Vous et moi
Vos émois
Vous et moi ici
Vous c’est moi
Vous et moi


Vous et moi c’est moisi. 

mardi 2 août 2016

Deux chiens sous la lune

Vivre pour des prunes
Mourir c’est pour les chiens
Les chiens qui hurlent et les lunes
Les lunes qu’on laisse traîner

Dans les rétroviseurs
Que dire du passé
Seul le futur existe
Seul le futur excite

Exit, fini de rire
Vivre pour des prunes
Et puis mourir comme un chien
A la lumière des lunes

Vivre pour des lunes
Seules les nuits m’excitent

Allume ton intérieur
Coupe le contact
Quitte la meute
Brise le cercle

Jette sans regret
De l’essence sur ton âme
Brûle-la.
Immole-toi.

Et dans les flammes tu verras
Des fantômes du futur,
Des silhouettes qui savent
Des silhouettes qui savent.

Que c’était pas pour des prunes
Qu’on était toi et moi
Deux chiens sous la lune.


vendredi 8 juillet 2016

Tomber avec les Rois

Exercice en Alexandrins 


J’ai grimpé l’escabeau comme un chat de gouttière
Faisant gaffe à mes pieds jusques à la dernière,
Pour ne pas glisser sur une marche piégeuse
Atteindre sauf et sain l’étagère impérieuse.

Du frêle édifice les quatre pieds tremblèrent
D’être si longs et fins sous le poids de ma peur
Et mes jambes valsaient comme un fou sur la mer
Ah ! L’appel du livre quand il vous prend au cœur !

Sournois équilibre vilain lieu pour tanguer
Quand tout le corps vibre dur de garder le calme
Je tends un bras ivre mes doigts comme des palmes
Touchent d’un bout d’ongle la reliure convoitée

Le livre recule quand je gagne terrain
Et je dois de mes pieds me mettre sur la pointe
Les doigts tendus au ciel je ne respire point
Caresse et griffe le dos du voulu bouquin

Mais lors que mes serres sur lui se refermèrent
L’équilibre précaire une fraction brisa
Et mes pieds qui jadis sur le bois reposèrent
Battirent le vide jusques à mon trépas

Du sommet de l’échelle au sol dur et très froid
C’est avec Machiavel, Voltaire et puis Dumas
Que ma chute mortelle mon âme délivra;

Elle s’en fut avec les qui de l’écrit sont Rois ! 

lundi 4 juillet 2016

La Graveuse


Tu as gravé sur ta peau
Des gribouillages
Même pas un dessin
Même pas une image

C’est pas vraiment que tu aies gravé
C’est plus que tu as enfoncé la lame
Pour sentir.

T’es la pire graveuse
De ce foutu siècle
De ce foutu monde
De ce foutu endroit.

Maintenant c’est moche
C’est triste, ça coule,
Ça fait mal
Ça saigne noir.

Tu as gravé sur ta peau
Un moment de ta vie
Un moment pas terrible
Médiocre, futile.

T’es la pire graveuse,
T’es rien d’autre qu’une pisseuse
Et les larmes qui coulent
Se mélangent au sang noir

Tout ça parce que ce foutu siècle
Parce que ce foutu monde
Parce que ce foutu endroit ?
Parce que foutue toi, surtout.

Et maintenant c’est gravé
Ça va gonfler
Blanchir
Blêmir
Mourir.

Disparaître enfin.

jeudi 30 juin 2016

La Brume

N’y a-t-il que la brume
Pour habiter mon chemin
Faut-il qu’il soit si tordu
Qu’il n’ait jamais de fin ?

Il me semble que mes pas
Aiment les terres friables
Que là où mes mains se posent
Reposent des formes instables

Il faut croire que le sol
Aime à se dérober sous moi
Et que les issues s'envolent
ou me filent entre les doigts

A la lueur blanche et pleine
Je préfère le clair-obscur
Aux équilibres bétonnés

La belle instabilité.

lundi 27 juin 2016

CORRIDOR

Dans les corridors
A l’intérieur
Dans les tunnels
A l’intérieur

Dans les passages souterrains
De mon corps d’argile
Dans les tuyaux
Dans les circuits d’aération

Dans les galeries de mon âme
Dans les gorges de ma chair
Dans les chenaux sous ma peau
Dans les corridors

Dans les couloirs,
Tunnels,
Passages,
Tuyaux,
Circuits,
Galeries,
Gorges,
Chenaux,
Corridors,

Courent des chevaux de flammes
Furieux et enragés
Rapides comme l’incendie
Brûlant le vide

A l’infini. 

mardi 14 juin 2016

Les Lianes

L’aurore est grise
Son rouge est pâle
L’air vibre peu
Les graviers crissent

Sous mes pieds.

Autour les ceps
Se rient de moi
Quelques cyprès découpés
Dans la lumière précise

Tu as posé ta tête
Contre mon omoplate,
Des lianes se sont nouées
Fou, j’ai croisé tes yeux

C’était bleu,
Et dangereux.